Antoine Arnaud

DESSINER LA COMEDIE HUMAINE

Antoine Arnaud a démontré son talent de graphiste avec des affiches de films d’art comme ‘Paradis’ de Ulrich Seidl, ‘Lourdes’ de Jessica Haus- ner, ‘Panique au Village’ d’Aubier & Patar et autres. Il y a une recon- naissance internationale pour ce travail, au Festival de Cannes et de Venise à Berlin. Mais quand il a échappé à la rigidité de cet artisanat il fait la preuve d’être un dessinateur pur sang.

Il crée un univers d’une beauté ironique et mélancolique à la fois. Ses dessins témoignent d’une spontanéité et intuitivité. Il travaillote élégam- ment et cultive la maladresse. Il se perd gracieusement parce que ça fait du bien d’être perdu dans ses pensées. Le résultat est un dessin qui provoque un modeste sourire. Les personnages sont des caricatures qui racontent la vérité toute nue. Quand il dessine des animaux, je recon- nais parfois ‘des hommes stéréotypés’ car je suis personnellement convaincu qu’ils ressemblent à une espèce d’animal, et vice versa bien- sûr...

Les dessins d’Antoine Arnaud nous montrent “La Comédie Humaine” d’une manière paisiblement hilare et doucement tragique.

Walter Ertvelt Blomme
Chroniqueur belge-flamand & parolier. 20 Novembre 2016.

NERVEUSES FULGURANCES

Dans la dernière série d'Antoine, souvent le trait se décline puis s’épa- nouit en courbes répétées jusqu’à cerner en contours plus nets, celui qui regarde choisira lui-même la ligne qui lui parle le plus - ici un joyeux bestiaire, exacerbant le naturel animal, miroir comique de la condition humaine. Parfois encore on découvre les visages d’hommes presque poisson, le regard vide, emprisonnés dans le marasme opaque d'un es- prit qui les accable. Les corps féminins quant à eux, trouvent grâce dans le mouvement de lignes plus envolées d'où affleure un érotisme tantôt provocant, tantôt pudique.

Plus concernés par la justesse que par la perfection, foutraques mais élégants, les dessins d’Antoine Arnaud trahissent de nerveuses fulgu- rances où se livre à qui sait la voir toute la construction de l’œuvre achevée; c’est ce qui les rend si honnêtes, vivants et touchants. Un pied de nez à a la dictature du parfait, en quelque sorte. Une citation connue parle de la bonne erreur, ou l'erreur parfaite, « the right mistake » en anglais. Essaie encore. Là, nous y sommes. Oublie la gomme. La ligne, plurielle, en couches désinvoltes, modeste mais obstinée, vient nous montrer comment de l’approximation naît l’émotion, de l'esquisse émerge la forme vraie, du faux pas s'assure la démarche. La vie est bordélique, absurde, drôle, rugueuse et belle, nous disent ses person- nages, et on a bien envie de les écouter.

Émilie Mercier
02 Décembre 2016.